Vendredi 19 mai 2006

Je suis au Viêt-Nam depuis vendredi.

A chaque voyage, je retrouve Hanoi avec la même émotion. Le bruit, la foule, les parfums, les rues étroites où pour trois Dôngs, assise sur un tabouret minuscule, j’avale un bol de nouilles fumant. Je reprends possession de la ville.

Je regarde les gens, je saisis leur histoire. Les visages me sont familiers, nous ne nous sommes jamais vus. Je reconnais la vieille femme en  noir, accroupie sur le seuil de sa porte, elle s'évente en clignant des yeux. J’accompagne la jeune fille sur son vélo, elle part à l’école, fière et droite, une main sur le guidon, l’autre sur le chapeau, ses livres sur le porte-bagages. Je souris aux retraités, assis sur les bancs des berges du lac Ho Kiem, ils jouent aux cartes et me saluent en levant leur béret. Sans bouger j’aide une femme, elle peine sous le poids de sa palanche. Sur les plateaux, des oranges vertes, des liserons d’eau. Elle ne marche pas, elle sautille. Je m’assois sous le bananier de la cour pavée du Temple Van Mieu. Et je me souviens de Lise. Frimousse aux yeux bridés, bouche cerise. Plus tard, Thomas, bouille ronde, cheveux noirs, mèches rebelles. Je les sens contre moi.

Je vis la même chose à Lille. Je suis fébrile. Il y a quelque chose de maternel dans ces retrouvailles. J'ai grandi à Lille, mon aîné y est né, les petits sont  d’Hanoi. Il est là le secret de tant de troubles. Ces villes sont des berceaux. J’y puise odeurs et douceur. Ce sont les villes de l’aube. Elles sont promesses. Y revenir, c’est retrouver la joie de la caresse. Ce souffle anodin qui pousse  la journée vers demain.

 

 

photo: Stéphanie Lacombe

par Bérangère publié dans : Blanche
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