
On the road again
| Décembre 2008 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
J’achète toujours mes cigarettes chez Rajiv, buraliste, papetier, marchand de bonbons. Il est indien, d’origine tamoule, ses dents très blanches éclairent son visage très sombre. Il parle anglais en roulant les « R.» Même pour dire oui il hoche la tête de droite à gauche. Quand il sourit une lumière l’illumine de l’intérieur. Je ne connais pas de sourires plus radieux que celui des Indiens, une éclaircie dans un ciel de mousson.
Chez Rajiv, ça sent le jasmin, l’encens, la colle blanche, le papier et le riz. Sa femme le prépare dans l’arrière boutique. Assis en tailleur, ils mangent sur de grandes feuilles de bananier avec du chili et une purée de lentilles. J’aime bien Rajiv, ses bagues et ses dents en or lui donnent l’air d’un Maradjah. Sa femme est toujours coiffée d’une longue tresse noire qui coule le long de son sari. Quand elle me tend le paquet de Marlboro Lights, ses bracelets tintent et sourient. Au milieu du front entre les deux yeux, une pastille rouge colorée et quelques grains de riz, souvenirs de la bénédiction du matin, au temple. Les Indiens sont très dévots et un peu superstitieux. Derrière le comptoir, trônent Laksmi, déesse du commerce et Ganesh, dieu de la bonne fortune. Ils sont parés comme il se doit, colliers de fleurs fraîches et lampes à huile.
Mon plus grand privilège, être la première cliente, mon billet portera chance pour la journée. Rajiv s’en servira comme d’un encensoir pour toucher les articles du présentoir. Un petit coup de billet sur les Mentos, un petit coup sur les journaux et les rouleaux de scotch. Sa femme clôturera la cérémonie en allumant une pleine poignée d’encens dont la fumée âcre enveloppera Ganesh et Laksmi à peine réveillés. Puis leurs filles partiront pour l’école, impeccables dans leurs uniformes blancs accentuant le noir des yeux, la seule petite coquetterie, les cheveux tirés vers l’arrière parfumés à l’huile de coco.
Je traîne dans la boutique, l’air déjà chaud brassé par un grand ventilateur me cloue sur place. Rien à faire, rien à dire, juste à respirer, à regarder. 
Aucun commentaire pour cet article